Dents dévitalisées: par quoi les remplacer ?
Érigée par certains au rang de thérapeutique holistique, l'extraction reste avant tout, hélas, une amputation. Il ne faut pas y voir un remède miraculeux mais un échec thérapeutique. Le dentiste extrait parce qu'il n'a pas su ou pu sauver la dent. Dès lors, la perte de l'organe dentaire représente une amputation irréversible, génératrice de ce qu'il faut bien considérer comme un handicap puisqu'en dépit des progrès technologiques nous ne savons toujours pas remplacer l'organe dentaire. Certes, nous savons réaliser et poser des béquilles plus ou moins sophistiquées appelées prothèses dentaires mais aucune de ces solutions de remplacement ne peut prétendre restaurer l'organe dentaire ad integrum. Il faut bien avoir ce fait à l'esprit dès lors qu'on s'apprête à sacrifier une ou plusieurs dents et surtout se poser la question cruciale: par quoi remplacer les dents extraites ?
Ne pas remplacer la dent perdue
C'est une solution adoptée par les personnes aux moyens financiers limités qui laissent d'autant plus volontiers les choses en l'état que cela ne se voit pas. C'est pourquoi, le vide laissé par l'extraction d'une molaire, située au fond de la bouche, est fréquemment laissé tel quel. Les dents de devant seront elles, sauf exception, remplacées, un sourire édenté étant socialement inacceptable. Les conséquences d'une édentation postérieure non remplacée sont redoutables.
Elles se traduisent par un affaissement des mâchoires avec une répercussion directe sur l'articulation.On voit sur la photo ci-contre que, la nature ayant horreur du vide, les dents voisines de l'édentation se versent, entraînant une malocclusion.
Le cas de Madeleine, expliqué dans Conséquences des extractions, nous en donne un exemple, hélas trop fréquent. De la même manière, chez l'enfant l'effondrement causé par la perte d'une dent cause une déformation de la mâchoire aux conséquences peut-être encore plus graves. La nature ayant horreur du vide, les dents voisines de l'édentation se versent, ce qui les fragilise et les expose aux problèmes de déchaussement. Chez l'adulte, et chez l'adulte uniquement, dans quelques cas (extraction de prémolaire), chez les personnes dont l'os est particulièrement dense et peu sujet aux déformations, il est possible de laisser les choses en l'état sans (trop de) dommages. Mais il est impératif de prendre l'avis du dentiste avant de décider de ne pas remplacer la dent perdue.
Un effondrement inévitable
Dans tous les cas, même quand on pose une prothèse de remplacement, un affaissement est inévitable. Pourquoi ? Parce qu'il faut attendre deux mois en moyenne que la cicatrisation s'opère avant de poser une prothèse de remplacement. Durant le laps de temps où la personne reste sans dent, l'effondrement (même léger) de la mâchoire survient. Le corps s'adapte au prix d'une compression de l'articulation de la mâchoire, les muscles masticateurs se contracturent, la posture se vrille. Autant de conséquences, même en apparence mineures, que la prothèse posée ultérieurement ne pourra compenser, la prothèse ne pouvant que stabiliser ou ralentir le processus d'effondrement au point où il en est arrivé (sauf à passer par un traitement d'orthodontie, et encore). C'est ainsi que les extractions, censées guérir du mal de dos, aux dires de certains, réusnissent toutes les conditions pour le provoquer ou l'aggraver.
Le bridge
Il est fixé sur les dents qui bordent l'édentation. Il oblige à mutiler les dents supports, ce qui est dommageable quand elles sont saines. Pour limiter la mutilation, certains dentistes gardent les dents support vivantes. C'est un moindre mal, reste que les dents sont tout de même taillées et que ce traumatisme qui leur est infligé se solde fréquemment par une nécrose (mortification spontanée du nerf). Autre inconvénient du bridge, sa fixité qui immobilisent des structures faites pour conserver entre elles un léger jeu. Ce n'est pas un hasard si la nature nous a pourvus de trente-deux dents et non d'un bloc d'émail et de dentine. Préserver la mobilité de chaque dent est essentiel. Solidariser les dents en un bloc se répercute sur la mobilité des os du crâne, ce qui se traduit chez les personnes sensibles par des problèmes divers (insomnie, maux de tête, dépression, etc.).
L'implant
Il est de plus en plus à la mode. Son avantage majeur est de préserver les dents voisines qui seront donc épargnées, du moins en principe car il arrive que la pose d'un implant lèse la racine de la dent la plus proche entraînant une nécrose. On pourrait croire que l'implant restaure la dent perdue de manière idéale. En fait, il n'en n'est rien. Contrairement à la dent, l'implant ne possède pas de ligament, ce système amortisseur et tactile décrit dans Une dent dévitalisée est-elle un organe mort? L'implant est donc un système rigide et inadaptable qui ne se comporte en rien comme une dent naturelle. En clair, l'implant est plus proche du clou planté dans une planche que d'une dent naturelle. Ceci n'est pas sans conséquences sur l'occlusion*. Enfin n'oublions pas la pollution galvanique générée par un implant en titane qui libère constamment des ions titane dans le corps. En effet, le titane, loin d'être un matériau inerte, réagit au contact de la salive et en présence d'autres métaux, d'amalgames au mercure en particulier, comme expliqué dans cet article de notre consœur Estelle Vereeck sur la biocompatibilité du titane. Quel intérêt dans ces conditions d'échanger des toxines bactériennes pour une intoxication aux métaux lourds, plus nocive à notre avis car s'accompagnant de courants électriques perturbateurs du biomagnétisme corporel.
*Très bien expliqué dans l'ouvrage Le Pratikadent, à la rubrique Implant.
La prothèse amovible ou dentier
Vulgairement appelé dentier, la prothèse amovible entièrement réalisée en plastique pour des raisons de biocompatibilité a les faveurs des partisans des extractions systématiques. Pourtant, qui aujourd'hui est prêt à porter à vie un morceau de plastique dans la bouche ? Outre qu'il est socialement dévalorisant, le dentier est plus inconfortable à porter qu'un dispositif fixe. Il peut blesser, il finit par se tasser avec le temps car l'os se résorbe, il faut alors réajuster ou le refaire, sans que l'effondrement généré puisse être rattrapé. Sans oublier que s'il ne reste plus de dents pour le tenir, le dentier flotte, surtout à la mâchoire du bas où la zone d'appui est étroite, occasionnant à son porteur un véritable calvaire. Quelle personne jeune ou dans la force de l'âge est prête à endurer un tel martyr ?
"La qualité de la vie est plus importante que la vie elle-même."
Cette phrase d'Alexis Carrel, chirurgien lyonnais, prix Nobel de physiologie et de médecine en 1912, s'applique à notre attitude vis à vis des dents dévitalisées. La qualité de vie, c'est d'abord s'alimenter correctement, en mastiquant et savourant les aliments. Quelle qualité de vie une bouche édentée, un dentier qui flotte ou blesse ou encore une prothèse exigeant un nettoyage contraignant après chaque repas, procurent-t-ils ? Un calvaire que connaissent hélas trop de personnes prématurément édentées pour des raisons pas toujours justifiées.
Avant de procéder à toute extraction, il est essentiel de se souvenir qu'une dent reste un organe irremplaçable et que l'ôter altère irrémédiablement la structure musculo-squelettique. Aussi seules des raisons solidement étayées doivent motiver une extraction. Puissent le thérapeute et le patient garder ces notions à l'esprit afin d'agir avec discernement.
-
02 Avril 2008 à 11:19 dans
- Général


